Une manager épuisée : quand “être fiable” revient à tout absorber
Une manager épuisée est effectivement débordée.
Non pas parce qu’elle serait désorganisée ou inefficace, mais parce que le débordement est la conséquence directe de ce qu’elle absorbe.
Elle est débordée par ce qui n’est pas cadré ailleurs.
Par ce qui ne devrait pas reposer sur elle, mais qui, sans son intervention, ferait dysfonctionner l’ensemble.
La fiabilité est alors citée comme une qualité :
capacité à tenir, à absorber, à sécuriser.
Mais lorsque cette fiabilité devient ce qui empêche les dysfonctionnements d’apparaître, elle cesse d’être une compétence.
Elle devient une charge invisible, impossible à déposer sans mettre l’organisation en difficulté.
Pourquoi ce débordement n’est pas un problème individuel
Face à cet épuisement, les réponses proposées ciblent souvent le comportement :
- apprendre à dire non,
- mieux s’organiser,
- poser des limites,
- prendre du recul.
C’est précisément à ce stade que beaucoup cherchent des solutions du côté du “non”, sans que le cadre n’ait été clarifié.
Ce déplacement est analysé ici, dans une lecture strictement professionnelle de la question :
Ces réponses reposent sur un présupposé :
le débordement serait d’abord une question de posture individuelle.
Or, dans les faits, le débordement est structurel.
Une manager épuisée ne manque pas de limites.
Elle est débordée parce qu’elle assume une fonction qui ne devrait pas reposer sur une seule personne.
Tant que la fonction d’absorption reste invisible, aucune réponse comportementale ne peut réellement alléger la charge.
Pourquoi ce glissement s’installe sans alerte
Ce mécanisme ne résulte pas d’un abus explicite.
Il s’installe parce que quelqu’une tient.
Tant que les tensions sont absorbées :
- l’organisation n’est pas obligée de clarifier,
- les zones grises ne deviennent pas problématiques,
- les arbitrages peuvent rester implicites.
La fiabilité devient alors une fonction de stabilisation.
Plus elle est exercée, moins les manques structurels apparaissent.
Ce qui fatigue n’est donc pas l’engagement, mais le fait de tenir à la place du cadre.
Principe structurant : rendre lisible ce qui tient grâce à elle
Le point de bascule n’est pas de faire moins.
Il est de nommer ce qui est stabilisé sans être cadré.
La question structurante devient :
Qu’est-ce qui fonctionnerait moins bien si elle cessait d’absorber ce qui n’est pas clarifié ?
Ce déplacement permet de comprendre que l’épuisement est un signal organisationnel, pas une faiblesse personnelle.
Cette lecture rejoint les analyses portées par la Harvard Business Review sur le burn-out comme phénomène lié au contexte de travail, et non aux individus. Vous pouvez consulter cette analyse ici.
Comment agir sans se mettre en difficulté
- Identifier ce qui n’a pas de propriétaire clair Ce qui repose sur elle parce que personne d’autre ne le prend en charge.
- Cesser de confondre fiabilité et absorption Tenir son rôle ne signifie pas compenser l’absence de règles.
- Rendre visible la fonction réellement exercée Sans justification personnelle, mais avec des faits observables.
- Relier la fatigue à un manque de cadre, pas à un manque d’énergie Ce déplacement change la nature des discussions possibles.
FAQ
Si elle arrête d’absorber, est-ce que tout va se dégrader ?
Oui, temporairement. Et c’est précisément ce qui rend le problème visible.
Pourquoi cela repose-t-il plus souvent sur certaines managers ?
Parce que leur fiabilité rend le système stable sans correction structurelle.
Est-ce un problème de reconnaissance ?
Non. C’est un problème de périmètre et de responsabilité réelle.
Dire non suffit-il ?
Non. Sans clarification du cadre, le non est perçu comme un retrait, pas comme un signal.
Faut-il changer de poste pour ne plus s’épuiser ?
Pas si les mêmes zones grises existent ailleurs.
Conclusion
Une manager épuisée n’est souvent pas celle qui en fait trop.
C’est celle qui fait tenir ce qui n’est pas tenu ailleurs.
Tant que cette fonction reste invisible, la fatigue persiste.
La rendre lisible est la seule manière de transformer durablement la situation.